J’ai photographié «Mémoires Closes » sur un mur, en mai 2005 ; j’ai tout de suite pensé que ce serait l’intitulé de mon travail.
J’ai appris récemment qu’au début des années 1990, ont été menées ici, à l’initiative de l’association « Les Arts », des actions artistiques, mêlant personnel soignant, patients et artistes extérieurs. L’une de ces actions portait ce titre : « Mémoires Closes ». Il est vraisemblable que cette inscription ait été faite en écho à cette action…En la photographiant, je l’ignorais…
Par le biais de ces mots gravés, un pont est établi entre les deux époques. « Mémoires Closes » fait partie de l’histoire de ce lieu ; ce n’est cependant qu’une inscription parmi les autres, une sur les quelques deux cent cinquante que j’ai photographiées au cours de l’année 2005, une histoire qui ressurgit au milieu de tant d’autres, qui, elles, restent enfouies.

Tristan Jeanne-Valès, février 2006.

Contact  : Tristan Jeanne-Valès +33 (0)6 13 56 18 20 tristan.jeanne-vales@laposte.net

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« Mémoires Closes » est né d’une commande. Le Centre hospitalier spécialisé de Caen, en pleine mutation, souhaitait monter un projet sur la mémoire des lieux.
L’idée même de pénétrer et de photographier cet endroit « interdit », lourd d’histoires, caché derrière ses hauts murs, que tout le monde ici connaît sans vraiment connaître, et que tout le monde continue aujourd’hui encore d’appeler le Bon Sauveur, le « BS », m’a tout de suite intéressé.
Les premières visites furent brutales.
Le labyrinthe des ruelles et des pavillons (Saint-Charles, Saint-Lazare, Sainte-Thérèse…), la banalité des façades, des couloirs, et en contrepoint, la dureté de la folie et de l’enfermement (ces regards, le rituel des clés) m’ont fait très vite douter du pourquoi de ma présence. Je n’avais pas l’autorisation de photographier les patients (ou alors, de loin, peut-être…), je crois que je ne le voulais pas non plus.
Je discutai un après-midi avec un infirmier, l’écoutant raconter l’hôpital, lui faisant part de mon doute. Il m’a montré une inscription creusée dans la pierre, profondément, presque une sculpture. Je l’ai photographiée.
Je me suis mis dès lors à scruter les murs avec beaucoup plus d’attention ; j’ai vu des initiales et des dates, des dessins, des visages, des cris, des griffures et des entailles, des mots, des sexes, des noms. Mais pas d’explication : ces images gardent leurs secrets, leur épaisseur, leur beauté parfois… et leur anonymat.
Des générations de patients ont laissé ces traces. Chacune porte en elle son fantôme, malade, grinçant. J’ai longé et lorgné les murs du Bon Sauveur pendant des heures. Une mémoire des lieux est écrite ici : il faut juste regarder de près, s’arrêter, prêter attention ; « mémoires closes » était gravé à même la pierre. Quand, par qui ? Je ne sais pas…
Je ne peux m’empêcher, pour chaque image, d’imaginer la main qui, un jour, a laissé ces signes, cette volonté têtue d’inscrire. Il y a quelque chose de douloureux dans ce travail.
Certaines images sont très graphiques, on peut voir là des œuvres.
J’ai photographié ces œuvres, je me les approprie. La photographie, c’est du vol.
L’appropriation par le photographe d’images faites par d’autres me questionnera toujours.

Garder trace de ces traces est important. Ou parfaitement futile…
En faire mes photographies, les sortir de ce lieu peu accessible, les donner à voir – beaucoup vont disparaître – permettre ce passage, voilà une réponse, voilà mon travail.

Tristan Jeanne-Valès, décembre 2005.
D’après les propos recueillis par Yoann Thommerel.

Fiche technique

 

 

 

 

Les photographies